Le poudrier téléphone d’Elsa Schiaparelli et Salvador Dali

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Poudrier de Schiaparelli en 1935

Comme tombé d’un vieux téléphone, ce cadran arrive dans la main d’une femme, s’ouvre sur une poussière rose et se révèle être un poudrier. L’autre grande prêtresse de la mode de l’entre-deux guerres, la couturière Elsa Schiaparelli, en collaboration avec Salvador Dali créa cet objet curieux en 1935 pour ses clientes…et finalement pour moi qui naquis bien après.

Le poudrier s'ouvre

Le poudrier s’ouvre



Schiaparelli : une dose de surréalisme dans un monde de chic

S’il est un couturier qui sut faire partie d’un courant artistique sans donner l’impression de le récupérer, c’est bien Schiaparelli dont la fantaisie naturelle, l’extrême créativité et la curiosité tous azimuts portaient en elles, au naturel, un esprit surréaliste.
Amie de Giacometti, de Dali et de Cocteau, fréquentant Paul Eluard et Man Ray, Schiap avait pour clientes des femmes forcément fortunées, certaines très riches ou très célèbres ou les deux comme Helena Rubinstein, Wallis Simpson (qui deviendra Duchesse de Windsor), Marlene Dietrich ou encore Mae West.
Elle inspira ou s’inspira des œuvres surréalistes dont on trouve de nombreux échos dans ses créations et surtout dans ses accessoires où se mêlent une classe imparable et un humour pince-sans-rire.

Mae West habillée par Schiaparelli

La plantureuse actrice Mae West porte une robe érotique de Schiaparelli dans le fim « Every Day’s A Holiday » en 1937



Beau comme la rencontre fortuite sur une élégante d’un téléphone et d’une langouste !

Qui doit quoi à qui ? Peu importe. Le travail de Schiaparelli, hautement raffiné se situait entre art et mode.

Salvador Dali fut à l’origine de notre poudrier-téléphone et des également très excentriques sac-téléphone, chapeau-chaussure, robe à la langouste, robe squelette que la Schiap avec son savoir-faire et son esprit taquin fit exister.

hone de Dali et Schiaparelli

Un modèle de téléphone signé Schiaparelli que l’on portait sous le bras en 1937


Gala Dali et le chapeau-chaussure en 1937

La femme de Dali, Gala, porte le célèbre chapeau-chaussure


robe-squelette de Dali et Schiaparelli en 1938

Une robe-squelette à déconseiller aux femmes en chair



Celle que Chanel, beaucoup plus rigide, nommait « l’artiste italienne » s’imprégnait de l’art de son temps et y participait. A l’exposition internationale du Surréalisme de 1938, le mannequin imaginé par Dali portait une inquiétante cagoule de ski rose qui portait sa griffe.



in de Salvador Dali en 1938

Le mannequin imaginé par Dali pour l’Exposition internationale du Surréalisme en 1938


le de ski d'Elsa Schiaparelli

La cagoule d’Elsa Schiaparelli, en situation, aux sports d’hiver

A propos de griffes on ne peut que constater l’étonnante parenté existant entre une œuvre de Meret Oppenheim et les gants griffus d’Elsa Schiaparelli. Le thème de la main, habité de mystère et cher aux surréalistes, est présent dans le travail de la couturière comme dans celui de Man Ray ou de l’artiste Claude Cahun.

e de Meret Oppenheim 1936

Mains de femme animale imaginée par Meret Oppenheim en 1936


Gants à griffes de Schiaparelli en 1936

Une paire de gants de Schiaparelli pour tigresse uniquement

Ceinture aux mains de Schiaparelli en 1934

Etonnante boucle pour cette ceinture de Schiaparelli en 1934


Photo de Claude Cahun en 1939

Des mains, vraies et fausses, en grappe dans une photo de Claude Cahun en 1939


Man-Ray, portrait de Dora Maar 1936

Des mains comme autant de signes dans cette photo de Man Ray en 1936




Chapeau-main de Schiaparelli 1953

Mannequin se prenant le tête dans les mains grâce à ce chapeau de Schiaparelli en couverture du magazine Life en 1953

Schiaparelli donnait de l’étrangeté aux objets en les détournant de leur fonction et de leur contexte pour les réinterpréter sans complexes en bonne excentrique qu’elle était et ses clientes suivaient… Mrs Simpson pour laquelle le roi d’Angleterre Edouard VIII choisit d’abdiquer afin de l’épouser portait, décomplexée, la robe de Schiap ornée en son milieu d’une énorme langouste imaginée par Salvador Dali et symbole phallique évident.

Mrs Simpson en robe-langouste 1937

Wallis Simpson et son énorme langouste dans cette robe d’Elsa Schiaparelli en 1937


Salvador-Dalí-photo-Horst-P-Horst-costume-film-le-reve-de-venus-1939

Où l’on retrouve la langouste coquine dans ce costume imaginé par Dali pour « Le rêve de Venus » en 1939

Le mélange sauvage de luxe et de vraie audace qui caractérisait le travail de Schiaparelli parait aujourd’hui dans un monde où la mode se crée au CAC40 presque inconcevable. La phrase d’André Breton : « la surréalité sera d’ailleurs fonction de notre dépaysement de tout…» lui colle parfaitement.


En savoir un peu plus sur Schiaparelli,

sur le web :

avec des livres de chevet :

  • Ghislaine WOOD, Surreal things – Surrealism and design, V & A publications, London, 2007
  • Dilys E. BLUM, Elsa Schiaparelli, Union Centrale Arts Decoratifs, Paris, 2004

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