Le design à la rue…

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Mes sieges design récupérés dans la rue


Tout chineur passionné a, tapie au fond de lui, une âme de chasseur.
Levé aux aurores les weekends dès le mois de mars, il part encore embrumé vers le prochain vide-grenier ou la brocante, plus il s’approche plus il se réveille et sent monter en lui l’adrénaline du chasseur en alerte.
Oui mais a-t-il conscience qu’au même moment à quelques rues de là une Mme Duschnok, 75 ans, est en train de tirer péniblement devant sa porte une paire de fauteuils des années 60 encore très bien ?

Une envie irrépressible

Qu’est-il arrivé soudainement à Mme Duschnok ? Ces fauteuils achetés après son mariage et gardés sous housse depuis des lustres et bien oui, ces fauteuils si bien préservés de l’usure elle ne les supporte plus, elle n’en peut plus, elle veut changer. Comme toute révolution, celle-ci doit se faire sans attendre, sans remettre au lendemain sans se préoccuper de triviales questions d’argent, du genre « je pourrais les vendre sur le Bon Coin ou Ebay ». Non et non, on ne s’embête plus, on se débarrasse ! Et là le chineur est impuissant. Comment savoir où et quand les Mme Duschnok en ont marre, Les M.Trucmule liquident leur cave avant de déménager sans même penser à Emmaus ? Et vous, pauvre chineur, ce magnifique butin, d’autant plus magnifique qu’il est le fruit du hasard et qu’en plus il est gratuit ce qui lui donne bizarrement une valeur sentimentale quasi mystique, vous passe sous le nez.

Détritus et poésie

Dans les rues des grandes villes, les vestiges du confort moderne se retrouvent sur les trottoirs, l’espace d’un instant pour les specimens en bon état, plus longtemps lorsqu’ils sont déglingués.
Parmi les trouvailles du pavé et je ne parle pas des vieux matelas, canapés Ikea disloqués, lampadaires halogènes hors d’usage, buffets de style néo-rustique qui seront emportés par le service des encombrants de la municipalité, les chaises et fauteuils occupent une place de choix.

Un canapé abandonné sous la pluie

Les meubles oubliés sur le trottoir peuvent faire de belles images comme celle-ci. Copyright « Les collages de Valérie » sur http://www.artycolle.com/

La bonne personne au bon moment

Dernièrement j’ai raté une chaise Tulipe Knoll avenue René Coty. A 20 secondes près une femme me l’a soufflée avant de s’engouffrer dans un immeuble cossu.
Il n’y a pas de classe sociale, tout le monde glane : le bourgeois comme le SDF. Les bons plans ne font pas de vieux os. Bien-sûr pour un objet imposant, il vaut mieux être deux et habiter à côté ou disposer d’un break. J’ai même vu des glaneurs en camionnette qui écument les rues de Paris à la recherche de trésors. Un vrai job…

Un article du journal Le Monde met le doigt sur le désarroi des services municipaux qui déplorent de ne plus ramasser que des cochonneries encombrantes.

Le ramassage des encombrants à Paris

Plus grand chose à se mettre dans la benne pour la municipalité

Où l’objet de la rue retrouve sa dignité

Au cours des années, je n’ai été la bonne personne au bon moment que quelques rares fois et toujours pour des sièges… Echappés d’un univers impitoyables où ils étaient méconnus, incompris et has been, une fois nettoyés, retapés et bichonnés mes chaises et fauteuils, évidemment dépareillés, ont trouvé un foyer compréhensif.

Une chaise iconique d'Harry Bertoia

Une chaise très prisée de Harry Bertoia créée dans les années 50 et trouvée un peu éclopée par quelques soudures défectueuses


Fauteuil FM dessiné par Nielsen et Friis pour Fritz Hansen, 1985

J’ai trouvé ce fauteuil danois créé par Nielsen et Friis pour Fritz Hansen en 1985 dont le tissu marron genre jute était en mauvais état et que j’ai recouvert de velours bleu pour lui donner un air plus cosy


Un fauteuil aux accoudoirs enroulés de scoubidou

Ce petit fauteuil un peu sec et très design français de la fin des années 50 ou du début des années 60 était impeccable mais sans doute victime de la lassitude de son ancien propriétaire


Fauteuil Concorde de Pierre Paulin pour Artifor, 1966

Bonne pioche à 15 mètres de chez moi pour ce fauteuil de Pierre Paulin dont le revêtement est néanmoins loin d’être nickel ce qui explique sans doute son arrivée sur le trottoir

A lire aussi :

L’expérience de glaneur systématique d’un francilien pendant une semaine.

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