Design tragi-comique et cinéma français autour des années 60

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Monsieur et Madame Arpel en parfaite harmonie devant leur cheminée

Au hasard de la programmation télé il arrive que l’on tombe sur un film des années 60 ou 70, de ceux qui passaient régulièrement sur le petit écran dans notre jeunesse, mais avec le recul certains détails prennent une importance nouvelle.
De la comédie loufoque au polar, du film daté au film culte, le cinéma français des années 60 peut se révéler une mine d’indices sur la place du design dans la société de l’époque et la manière dont il était regardé.


Francitude intemporelle vs modernité énervée

En opposition avec une France traditionnelle et déglinguée, le design vu dans certaines comédies de l’époque constitue un ressort comique. Nouveaux riches et call-girls reconverties se retrouvent entourés d’objets ultra-modernes qui les rendent un peu ridicules en accentuant leur côté marginal et décalé. Du très respecté « Mon oncle » de Jacques Tati en 1958 jusqu’aux comédies policières loufoques de la fin des années 60 et du débute des années 70, le cinéma français a su donner au design, fer de lance du modernisme, une aura d’absurdité proche du surréalisme.

Dans « Mon oncle » de Jacques Tati, Monsieur Hulot, brave type un peu rêveur se retrouve aux prises avec la maison ultra-moderne de son beau frère M.Arpel. Les décors sont de Henri Schmitt.

Pour dormir, Monsieur Hulot met le canapé sur la tranche

Pour dormir, Monsieur Hulot met le canapé sur la tranche


Une banquette minimale et le lampadaire BALTENSWEILER

Une banquette minimale et le lampadaire BALTENSWEILER créé en 1950


La maison de Monsieur Hulot est à des années lumière de la villa Arpel

La maison de Monsieur Hulot est à des années lumière de la villa Arpel



Dans « Elle boit pas elle fume pas mais elle cause » de Michel Audiard en 1970, Mireille Darc ex-prostituée devenue animatrice télé et fiancée à un ministre vit dans un superbe appartement avec des meubles en métal de Maria Pergay et quelques gadgets hyper futuristes.

Mireille Darc dans son appartement hyper tendance de l'époque

Mireille Darc dans son appartement hyper tendance de l’époque

Francine (Mireille Darc) et sa vieille copine des ballets roses Jannou (Catherine Samie)

Francine (Mireille Darc) et sa vieille copine des ballets roses Jannou (Catherine Samie)


L'invraisemblable véhicule de Francine : "Le cube" créé par Quasar Khanh en 1968

L’invraisemblable véhicule de Francine : « Le cube » créé par Quasar Khanh en 1968


Saisissant contraste : Bernard Blier en parfait représentant d'une France moisie

Saisissant contraste : Bernard Blier en parfait représentant d’une France moisie



Une autre comédie de Michel Audiard : « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » en 1968 avec Marlene Jobert qui interprète Rita, une fille délurée prête à tout pour de l’argent.

Déjà dans les années 60, les filles ambitieuses cultivaient leur bronzage

Déjà dans les années 60, les filles ambitieuses cultivaient leur bronzage


Look super funkie pour André Pousse quand il se présente chez Rita qui elle aussi sacrifie à la modernité (fameux téléviseur de Roger Tallon pour Téléavia en 1966)

Look super funkie pour André Pousse quand il se présente chez Rita qui elle aussi sacrifie à la modernité (fameux téléviseur de Roger Tallon pour Téléavia en 1966)

« Jo » de Jean Girault en 1971 avec Louis de Funes qui incarne un bourgeois contraint au crime.

Chez le bourgeois, beaucoup de meubles de style et une pointe de modernité : ici les suspensions Cassiopée de Max Sauze

Chez le bourgeois, beaucoup de meubles de style et une pointe de modernité : ici les suspensions Cassiopée de Max Sauze



Les malheurs d’Alain Delon dans le design

Bien loin de la franche rigolade, dans « Le Samouraï » de Jean-Pierre Melleville en 1967 comme dans « La Piscine » de Jacques Deray en 1969, deux films cultes des années 60, le design constitue le cadre tragique où le destin d’Alain Delon va se nouer. La présence nette et aseptisée du mobilier en contrepoint à la beauté froide de Delon ne fait que mettre en exergue par contraste les tourments souterrains qui l’habitent.


Autour de la piscine où s’ébattent Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet et Jane Birkin, le mobilier design de Gae Aulenti et Roger Tallon sera seul témoin du meurtre de Maurice Ronet par Alain Delon.

Pour le moment tout va bien dans les meubles de Gae Aulenti

Pour le moment tout va bien dans les meubles de Gae Aulenti


Jane Birkin s'ennuie dans une chaise longue de Roger Tallon en écoutant sa radio Cubo de Brionvega

Jane Birkin s’ennuie dans une chaise longue de Roger Tallon en écoutant sa radio Cubo de Brionvega


Ravages de l'alcoolisme et de la jalousie : Alain Delon noie Maurice Ronet

Ravages de l’alcoolisme et de la jalousie : Alain Delon noie Maurice Ronet




Grand classique du cinéma « Le samouraï » de Jean-Pierre Melville en 1967 présente un Alain Delon en tueur à gages mutique voire autiste soudainement saisi de doutes.

Un intérieur désespérant et désespéré tout comme son occupant

Un intérieur désespérant et désespéré tout comme son occupant


Dans un registre complètement différent, la pianiste dont s'éprend Jeff possède un appartement très chic avec un superbe fauteuil de Joe Colombo

Dans un registre complètement différent, la pianiste dont s’éprend Jeff possède un appartement très chic avec un superbe fauteuil de Joe Colombo


C'est dans cette boite de nuit où travaille la pianiste, meublée avec des sièges de Jean-Louis Avril et de Harry Bertoia, que Jeff Costello se fera descendre

C’est dans cette boite de nuit où travaille la pianiste, meublée avec des sièges de Jean-Louis Avril et de Harry Bertoia, que Jeff Costello se fera descendre


Une mort plutôt esthétique

Une mort plutôt esthétique



Tragique ou comique, excessif, le design dans les films de l’époque est surtout loin d’être anodin et montre sans doute que son existence n’est pas encore normalisée.


Pour une autre vue sur le sujet du design et du cinéma :

Le chapitre « Design et cinema » du passionnant catalogue de l’exposition « Design contre design » livre une analyse symboloico-historique de l’utilisation du design au cinéma avec malheureusement une iconographie limitée.

  • Louis Gaillemin Dir, Design contre design, Réunion des musées nationaux, DL, 2007

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